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Le projet

Siméon Prosper Hardy
Mes Loisirs ou Journal d’événemens tels
qu’ils parviennent à ma connoissance (1753-1789)

sous la direction de Pascal Bastien, Sabine Juratic et Daniel Roche

Les huit manuscrits du journal du libraire parisien Siméon Prosper Hardy connaissent leur première édition intégrale, depuis 2012, aux éditions Hermann, dans la collection République des Lettres.

Chaque volume est précédé d’une introduction scientifique par des spécialistes de quelques-uns des principaux thèmes abordés par le chroniqueur.

L’édition est réalisée dans le cadre d’une collaboration avec l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (IHMC) et le Groupe de recherche en histoire des sociabilités (GRHS), avec la généreuse complicité du Centre interuniversitaire de recherche sur la première modernité, XVIe-XVIIIe siècle (CIREM 16-18).

Depuis 2012 les manuscrits sont consultables, sous leur format numérisé, sur le portail Gallica.

Portrait d'un homme lisant, anonyme, XVIIIe siècle.
Musées de Langres. © Ville de Langres, Sylvain Riandet.

Siméon Prosper Hardy

On connaît peu Siméon Prosper Hardy, petit libraire parisien dont la boutique, la Colonne d’Or, ne fut sans doute en activité que pendant une très courte période de temps : entre 1755 et 1762, selon nos hypothèses actuelles.  À aucun moment Hardy n’évoque nommément sa librairie dans son journal ; quelques allusions, tout au plus, signalent ses anciennes activités commerciales.  Les catalogues des années 1759 et 1760 ont cependant été conservés et sont reproduits intégralement dans le premier volume de notre édition : on y voit, globalement, des livres d’histoire et de sciences juridiques, quelques dictionnaires, différents ouvrages de sciences et techniques et beaucoup de livres religieux.  Rien de Rousseau ni Voltaire, rien qui ne témoigne concrètement de son appétit insatiable de lecture ; car Hardy est bibliophile et lecteur infatigable.  Tout son journal est fondé sur ce qu’il appelle lui-même ses Loisirs : la lecture, qui nourrit constamment sa sensibilité ; la promenade, qui le mène partout dans Paris ; et la conversation, au cœur d’une sociabilité vive et tissée d’échanges et de débats.  Ce n’est qu’en 1764, alors que sa boutique est vraisemblablement fermée, que Hardy se lança de plain-pied dans la rédaction de ses manuscrits : à partir de ce moment, son journal d’événemens est presque ininterrompu jusqu’à son abrupte conclusion, en octobre 1789.

Né en 1726 à Paris, dans une maison située rue et montagne Sainte-Geneviève, au coin de la rue Traversine, « le bonhomme Hardy » (selon l’expression de G. Lenôtre) semble avoir toujours vécu sur la rive gauche de Paris.  En 1757 il habite sur Saint-Jacques, dans la paroisse Saint-Séverin ; de 1759 à avril 1771 au moins, il habite quai de la Tournelle, paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet ; en 1775 il vit place Maubert, paroisse Saint-Etienne-du-Mont ; puis en 1780 il est de retour sur la rue Saint-Jacques, probablement jusqu’à sa mort en 1806.  Cette situation dans l’espace se lit dans Mes Loisirs car de son entourage et de ses amitiés, nombreuses, il tira grand nombre de nouvelles, réflexions et souvenirs.  Ecclésiastiques, gens du livre et gens de justice participèrent, d’une certaine manière, à la rédaction du journal dont tous, à coup sûr, connaissaient l’existence.  Hardy parlait peu de lui, sauf peut-être lorsqu’il fut nommé syndic adjoint de la corporation de la librairie en juin 1771, en plein « coup de force Maupeou » ; il écrivait peu sur sa vie privée, mais se nourrissait abondamment de celle des autres pour élaborer son histoire du temps. C’est, de fait, à la lecture intégrale des manuscrits de Hardy qu’il devient seulement possible de reconstituer une biographie culturelle du personnage, dont les premières pages commencent tout juste à s’écrire.