Le projet

La pompe de la Samaritaine sur le pont Neuf au XVIIIe siècle (tableau de Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet).

Le prédécesseur : Edmond Jean François Barbier

Les historiens de la France du XVIIIe siècle ont souvent eu recours, depuis sa publication (presque) intégrale en 1857 à Paris, à la Chronique (1718-1763) parisienne d’Edmond Jean François Barbier : cet avocat de la rue Galande avait scrupuleusement recueilli les nouvelles et les faits divers dont il avait été témoin ou qui parvenaient jusqu’à lui, par la rumeur ou l’imprimé, dans les sept volumes manuscrits que conservent aujourd’hui la Bibliothèque nationale de France (manuscrits 10285 à 10291). En fait, aucune recherche sur la France de Louis XV ne peut, encore aujourd’hui, ignorer le travail de Barbier : tantôt récit circonstancié d’une affaire d’importance dans la politique du royaume, tantôt rubrique détaillée d’un événement plus ou moins important de la vie parisienne, l’avocat observait, notait et commentait une histoire en train de se faire et produisit ainsi une des sources narratives les plus riches de la France de la première moitié du XVIIIe siècle. Près de 5000 pages de notes manuscrites furent ainsi éditées, offrant aux chercheurs d’alors et d’aujourd’hui un instrument de travail fondamental.

Un digne successeur : Simon Prosper Hardy

Dès 1753 un apprenti libraire, le jeune Siméon Prosper Hardy, commença à son tour la rédaction d’un journal d’événements qu’il tint jusqu’en octobre 1789, couvrant ainsi la fin du règne de Louis XV et presque tout le règne de Louis XVI. Hardy écrivit ses Loisirs, ou Journal d’événemens tels qu’ils parviennent à ma connoissance, sur les registres à l’origine destinés aux comptes courants de sa librairie, la Colonne d’Or.  Recopiant partiellement ou intégralement des pièces que d’autres – comme Barbier – auraient préféré coller, Hardy prit rapidement conscience de la valeur de son oeuvre pour la postérité et construisit son journal dans cette perspective, en citant constamment ses sources et en rapportant, en tant que témoin, les différents événements de Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : un Paris en pleine ébullition, saisi véritablement au jour le jour entre 1764 et 1789. Le texte de Hardy poursuit, en quelque sorte, le journal de Barbier et offre aux lecteurs un tableau extrêmement détaillé du quotidien parisien.

Le témoignage de cet homme du livre apparaît comme l’un des ensembles documentaires les plus considérables pour comprendre la société urbaine dans ses représentations et ses pratiques. Par son volume et par son organisation où entrent mêlés documents, extraits, racontars et observations personnelles, il prend place dans la lignée des grands journaux et mémoires fondamentaux édités au XIXe siècle : le greffier Pierre de l’Estoile, le bibliothécaire Buvat, les avocats Barbier et Marais, etc.  Particulièrement riche pour l’histoire des institutions, de la vie politique, de la société urbaine, de la culture et de la sensibilité avec ses troubles, ses émotions, ses loisirs et ses divertissements, il ouvre au chercheur tout ce que les jours ont pu offrir à l’œil et à l’oreille d’un petit bourgeois parisien pendant les trente dernières années de l’Ancien Régime.

Ce manuscrit immense de 4100 pages in-folio est demeuré à ce jour inédit. Les entreprises éditoriales se sont succédées au cours du XIXe siècle, mais sans succès. Les célébrations du Bicentenaire de la Révolution française ont laissé croire un moment à une reprise du chantier, mais ce n’est que depuis l’année 2000 que le travail a véritablement repris. Dans l’idée d’éditer Mes Loisirs il y eut, dès le départ, la volonté d’offrir à un plus large public de chercheurs et de curieux l’accès à ce témoignage fondamental ; mais il s’agissait moins de fournir un grand document de plus à l’histoire de Paris que de permettre, à partir de ce texte, de mieux comprendre les multiples thèmes d’histoire générale sur lesquels il permettait d’intervenir.

Dirigée par Daniel Roche, professeur honoraire au Collège de France ; Pascal Bastien, professeur au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal et membre régulier du GRHS ; et Sabine Juratic, chargée de recherche à l’IHMC : l’édition intégrale des manuscrits de Hardy paraît aux éditions Hermann, en 12 volumes. Les six premiers tomes (1753-1770, 1771-1772, 1773-1774, 1775-1776, 1777-1778 et 1779-1780) sont désormais disponibles en librairie.

En attendant la publication du douzième volume consacré aux index et aux suppléments, ce site propose :

  • un index onomastique
  • un index géographique
  • la table des événemens du journal
  • un glossaire

Les index sont mis à jour à chaque nouvelle parution. Leur mise en ligne se veut non seulement un outil indispensable pour le chercheur et le curieux, mais aussi la première fenêtre vers un monde disparu qu’a observé et rapporté ce bourgeois parisien, homme du livre, janséniste et promeneur infatigable.

Volumes parus :

  • I (1753-1770), présenté par Pascal Bastien et Daniel Roche
  • II (1771-1772), présenté par Nicolas Lyon-Caen
  • III (1773-1774), présenté par Christophe Bosquillon
  • IV (1775-1776), présenté par Pascal Brouillet et Vincent Milliot
  • V (1777-1778), présenté par Sabine Juratic
  • VI (1779-1780), présenté par Julie Allard